395-406 Guerre civile larvée entre Orient et Occident


Année 395
Mort et succession de Théodose
Le 17 janvier 395, Théodose meurt. Sa mort va être le point de départ d'un conflit territorial entre les deux parties de l'Empire.
Un vaste espace, l'Illyricum, est partagé entre les deux fils de Théodose, Honorius et Arcadius. Honorius, en Occident, reçoit le Diocèse de Pannonie, territoire allant des Alpes à l'actuelle Serbie. Arcadius, en orient, reçoit les Diocèses de Dacie et de Macédoine, regroupant les actuelles Grèce et Macédoine.
Ce partage semble raisonnable, Grèce et Macédoine étant à l'origine des mondes hellenique et hellenistique, mondes dont se réclame linguistiquement et culturellement la partie orientale de l'Empire. Mais si ce rattachement est logique, il n'en sera pas moins une pomme de discorde entre les deux parties, désormais antagonistes pour de longues années. Stilicon entre en conflit rapidement avec le préfet du prétoire de Constantinople, Rufin, puis dispute à l'Orient ce territoire contesté de l'Illyricum oriental. Cette volonté inflexible de Stilicon favorise la rupture entre les deux parties de l'Empire.

Théodose, avant sa mort, avait recommandé à Stilicon le soin de ses deux fils et la défense de l'Empire. Stilicon réclame donc logiquement la régence de tout l'Empire lors des minorités d'Honorius et d'Arcadius. Mais Théodose chargea Stilicon davantage d'une mission morale que d'un acte politique et juridique. L'Empereur n'avait pas fait de testament en bonne et due forme avant sa mort. Stilicon se trouvait alors en Italie aux côtés d'Honorius, et les dernières volontés de Théodose furent contestées par les intriguants de la cour de Constantinople, ambitionnant de s'imposer à la faible personnalité d'Arcadius.
La volonté de Stilicon à vouloir régenter l'Orient est compréhensible, car conforme à l'esprit du testament de Théodose. C'était aussi tout à l'avantage de ce général. En ménageant de multiples fois Alaric dans les années suivantes, suite à de retentissantes victoires militaire contre les fédérés à nouveau révoltés, Stilicon cherche un appui militaire qui lui fait défaut en Occident pour reprendre l'Orient aux mains d'intriguants. L'armée en Occident a pourtant encore les moyens de faire la guerre hors de ses frontières, tout en laissant des troupes suffisantes pour défendre les frontières, comme le montreront les campagnes de Stilicon contre les Goths en 396-397.

Retour en Orient des Wisigoths qui pillent les Balkans
Stilicon, après la mort de Théodose, concentre l'essentiel des forces militaires de l'Occident et de l'Orient. Il donne son congé au corps des fédérés wisigoths d'Alaric. Avant la fin du mois de janvier, sitôt la guerre terminée, et avant la fin de l'hiver -ce qui est inhabituel pour une armée en marche-, les Wisigoths se mettent en route pour retourner dans leur territoire. Les conditions dans lesquelles se déroulent ce retour aggravent les tensions. Les provisions destinées à l'armée d'orient étaient épuisées; apparement le retour n'avait pas été prévu. L'Illyrie, La Pannonie méridionale, une partie de la Dalmatie et la haute-Mésie sont dévastées par des Wisigoths qui ont le sentiment d'avoir été chassés après la victoire sur Arbogast. Alaric ramène ses troupes en moins de 10 semaines en basse-Mésie.
Les 10.000 morts Goths pendant la bataille de la rivière froide, la mort de Théodose, principal contractant du traité de 382, mais aussi le commandement des forces de l'Orient par Gaïnas, un goth d'un rang inférieur à celui d'Alaric - ce qui constitue un affront pour lui- pendant la guerre civile, l'absence de grade régulier dans l'armée romaine, et le sac de la région par les Huns l'hiver précédant, avec les inévitables malheurs des civils Goths restés sur place pendant le départ du contingent, tout cela provoque la rupture du traité. A nouveau pressés par les Huns, se sentant trahis - sans doute à juste titre - par les Romains, les Goths se remettent en quête d'un nouveau territoire, permettant leur ravitaillement, à l'abri de la menace hunnique. Tous les habitats que les Goths cherchèrent dans la péninsule balkanique étaient protégés par des montagnes, et proche de la mer, des lieux où les Huns ne pouvaient les poursuivre, et dont l'approvisionnement peut être assuré, même sans l'agriculture locale.
Les fédérés cherchent à réquisitionner des vivres pour la route. L'interruption ou la diminution du subside accordé aux Goths par Théodose est le prétexte de la nouvelle révolte d'Alaric et de ses Wisigoths. Alaric parvient à convaincre les Goths restés en Orient de se joindre à lui et de se rendre en Thrace, appuyés par d'autres Goths qui franchissent le danube gelé. Ils commencent par ravager les Balkans. Il est possible que la faiblesse et la trahison de Rufin envenime encore la situation.
Alaric mène son peuple à Constantinople pour faire pression sur les autorités impériales. Le préfet du prétoire Rufin, vêtu comme un guerrier Goth, se rend au camp d'Alaric sans escorte et négocie un nouveau foedus avec lui. Alaric y obtient peut être le grade de maitre de la milice pour l'Illyrie, un des plus haut grade de l'armée crée par Constance II, qui lui donnerait autorité sur le Diocèse de Pannonie, relevant de l'Occident. Rufin obtient en échange que les Goths se retirent du Diocèse de Thrace, pour les éloigner de la capitale. La Grèce, appartenant au Diocèse de Macédoine, hérite ainsi du problème goth. Les Wisigoths se mettent en route pour leur destination, suivent la route côtière avant de prendre vers le sud. Ils tentent de franchir la vallée du Tempé mais sont repoussés avec de lourdes pertes, par des milices de Thessalie. Ils contournent ces dernières et pénètrent dans la plaine de Larissa en suivant les contreforts du Mont Olympe. C'est là, au nord de la Thessalie qu'ils attendent Stilicon.

Campagne de Stilicon en Orient contre les Wisigoths
Au début du printemps 395, Stilicon se rend en Orient. Des barbares ont traversés le danube pour piller en territoire romain. Théodose avait en effet dégarni les défenses frontalières de l'Orient pour sa guerre contre Arbogast et Eugène. Stilicon concentre dans son expédition les deux armées, occidentale et orientale, dont il a hérité du commandement à la mort de Théodose. Ses intentions sont mal connues : lutte contre les barbares ayant traversés le danube, peut-être lutte contre Rufin pour imposer sa tutelle à Arcadius, ou pour manifester ses prétentions sur l'Illyricum.
Rufin dans le même temps a donc négocié le départ d'Alaric vers la Macédoine et la thessalie, où il espère peut-être un affrontement avec Stilicon pour un affaiblissement mutuel de ces deux ennemis, qui le renforçerait d'autant. Il a depuis le départ de Théodose une autorité absolue sur le trop jeune et inexpérimenté Arcadius, et espère gérer l'Orient à la place tant d'Arcadius que de Stilicon. Afin de renforcer sa main-mise sur le pouvoir, il tente de marier sa fille à Arcadius. Cependant, son influence est combattue non seulement par Stilicon, mais également par Eutrope, un eunuque de la cour de Constantinople. Eutrope, né esclave, a fait carrière comme mignon puis entremetteur. Affranchi pour ses bons services, il obtint un poste de cubicularius au palai de Constantinople. En 394, Théodose l'envoie en Egypte consulter le moine Jean sur sa guerre contre Eugène. Il faisait alors parti de la maison du magister militum Arinthée, ce qui explique ses liens avec la maison des Promotus. Eutrope et Bauto, général Franc étaient d'anciens amis du général Promotus, mort après une machination de Rufin. Eutrope est par la suite promu à la charge de grand chambellan (praepositus sacri cubiculi) à une date inconnue, antérieure à 395.
Ce confident habituel d'Arcadius lui fait épouser le 27 avril Eudoxie, la fille de Bauto pour contrecarrer Rufin.

Stilicon veut profiter de l'affaiblissement politique de Rufin pour reprendre l'ascendant en Orient. Il déclare son intention de ramener les troupes orientales de Théodose en personne dans l'Empire d'Orient, et profite habilement des pillages des fédérés goths pour couvrir ses desseins et justifier son déplacement vers la capitale impériale. Au milieu du printemps, Stilicon fait campagne contre Alaric, mais ces activités se caractérisent par une absence de bataille. Stilicon encercle les Wisigoths à Larissa mais lâche son étreinte sur ordre d'Arcadius -en fait Rufin- qui redoute l'empiettement de Stilicon en Orient. C'est la première occasion qu'avait Stilicon de tuer Alaric et de détruire ses guerriers. En reconnaissant l'autorité d'Arcadius, Stilicon s'engage à restituer les troupes de l'armée d'Orient alors encore en sa possession, ainsi qu'à abandonner les deux Diocèses orientaux de l'Illyrie, source de discordes territoriales entre les deux empires depuis la mort de Théodose. Les sources littéraires énoncent une seconde explication à la décision de Stilicon : les deux armées occidentales et orientales qu'il contrôle alors ne s'entendent guère en raison de leur diversité ethnique, culturelle et linguistique. Cette indiscipline et cette rivalité mine le commandement de Stilicon, qui préfère dès lors renvoyer les éléments orientaux à Constantinople. Stilicon doit faire demi-tour et laisser l'armée orientale rentrer seule. Rufin en manipulant ainsi Arcadius, rend le retour de Stilicon impossible, sauf à déclencher une guerre civile.
Stilicon obéit à Arcadius, mais remet à ses troupes l'exécution de son projet. Il confie à Gaïnas, qui commandait le corps des fédérés lors de la précédante guerre civile, le commandement des troupes d'Orient.

En été, l'Asie mineure est prise d'assaut par des hordes de Huns descendues du Caucase.

Assassinat de Rufin devant Constantinople ; toute-puissance d'Eutrope
Après un combat en Illyrie, les troupes orientales commandées par Gaïnas retournent à Constantinople. Le 27 novembre 395, Arcadius et son ministre Rufin viennent passer en revue l'armée de Gaïnas devant les murs de la capitale. Gaïnas en profite pour appliquer le plan ou du moins le souhait de Stilicon. L'armée massacre Rufin sous les yeux d'Arcadius.

"[...] Dès que les soldats se trouvèrent à proximité de Constantinople, Gaïnas prit les devants pour annoncer à l'Empereur Arcadius leur présence, et le fait qu'ils étaient là avec mission de porter remède à la situation qui s'était dégradée. Comme l'Empereur se réjouissait de leur arrivée, Gaïnas lui conseilla d'aller à la rencontre des soldats qui étaient sur le point de faire leur entrée : il déclara en effet qu'il était habituel que les soldats fussent honorés de cette marque d'estime; l'Empereur se laissa convaincre, sortit devant la ville à leur rencontre, et Rufin le suivit vu qu'il était le préfet du prétoire; quand ils se furent prosternés et que l'Empereur leur eut témoigné comme il fallait sa bienveillance, au signal donné par Gaïnas, ils isolent tous en même temps Rufin au milieu d'eux et le frappent de leurs épées. Celui-ci coupa la main, celui-là lui trancha l'autre, un troisième après lui avoir séparé la tête du cou, partit en chantant des péans de victoires; ils poussèrent la dérision jusqu'à promener sa main à travers toute la ville et à demander à ceux qu'ils rencontraient de donner de l'argent à l'insatiable.
Ainsi donc Rufin qui avait été la cause de maux insupportables pour beaucoup de particuliers et avait infligé des malheurs à l'Etat tout entier, subit un châtiment digne de ses crimes, cependant qu'Eutrope, qui avait à tous égards collaboré avec Stilicon dans son complot contre Rufin, fut maître de ce qui ce passait à la cour."
(Zosime, Histoire Nouvelle, V-7,8).

Stilicon ne tire pas profit de la mort de Rufin. Gaïnas, qui commande la loyauté de ces troupes, est désormais en position de force pour imposer ses propres vues à un Arcadius plus apeuré que jamais. Ce dernier lui préfére cependant comme favori l'eunuque Eutrope, son habituel confident. L'impératrice Eudoxie et Gaïnas soutiennent Eutrope pour un moment. C'est là le trio d'intriguants de l'Orient.

Gaïnas trahit rapidement Stilicon, et maintient l'indépendance de l'Orient. Les favoris d'Arcadius formentent une guerre secrête contre Stilicon, favorisant la rupture des deux Empires, en le dépeignant comme un danger auprès d'Arcadius.
De fait, la réunification de l'Empire ne fut pas possible à la mort de Rufin, tant en raison de l'influence d'Eutrope que de l'ambition de Gaïnas. C'est là une donnée-clé. Sans cela, Stilicon aurait sans doute écrasé sans arrière pensée Alaric dans les années qui suivirent, ce dernier devanant inutile pour ses projets orientaux. Et sans Alaric, Stilicon aurait eu le champs libre et ses arrières sûrs pour mater l'invasion du début 407. Libre de ses mouvements après la mésentente entre les deux parties de l'Empire, Alaric et ses guerriers entament le pillage de la Grèce après la mort de Rufin, pillage qui se poursuivra jusqu'en 397.

Il est fait mention de raids des Isauriens en Carie et en Phénicie. Le général d'origine gothique Fravitta lutte contre ces raids.

Les Empereurs Arcadius et Honorius renforcent les lois religieuses anti-paienne de Théodose, en amplifiant les sentences.

L'Empire Romain en 395



Année 396
Administration d'Eutrope
De 396 à 399, c'est l'eunuque Eutrope qui gouverne l'Orient en remplacement de Rufin. Eutrope s'impose à l'Empereur Arcadius. Sa condition d'eunuque l'écarte de la préfecture du prétoire, qui est peut-être alors assurée collégialement par Césaire et Eutychien. Eutrope confisque les biens de Rufin, qui passent au fisc - en fait à Eutrope qui souhaite en disposer -, sans que les spoliés puissent faire valoir leurs droits (Codex TH 9,42,14 du 13-02-396).

Pillage de la Grèce par Alaric
Les Wisigoths d'Alaric pillent la Grèce. Une armée locale aurait combattu les goths en Thessalie, causant la mort de 3000 Goths près des bouches du Pénée. Les Thermopyles, gardés par un certain Gérontios nommé par Rufin avant sa mort, ne peuvent empêcher le passage des Wisigoths. Antiochos, proconsul de Grèce, lui aussi nommé par Rufin en 395, ne peut faire face à la menace.
Les Wisigoths envahissent la Béotie. Thèbes résiste mais le Pirée est pris. Athènes est rançonnée. Les Athéniens offrent une rançon et une réception royale à Alaric pour s'en débarasser. L'archéologie a confirmé le pillage au moins partiel d'Athènes par les Goths. Seule l'acropole et la partie de la ville située à l'intérieure d'une seconde muraille représentant le centre culturel de la cité furent épargnée. Cette seconde enceinte réduite fut dressée suite à une invasion d'Hérules après 267. L'essentielle de la ville, protégée par l'ancien mur athénien reconstruit sous l'Empereur valérien (253-260) est pillée.
Alaric semble avoie manifester en Grèce un grand zèle pour détruire idoles et temples polythéistes, achevant le travail entamé par les zélateurs chrétiens après l'interdiction des cultes antiques par Théodose. Le temple de Déméter à Eleusis est pillé.
Les Wisigoths ne sont pas arrêtés par le passage de l'isthme de Corinthe : Gérontios cède par manque de moyen et ne peut empêcher le passage à Alaric. Dans le Péloponnèse, les Wisigoths pillent les villes le plus souvent dégarnies de fortifications : Corinthe, Argos et Sparte sont misent à sac. Les Wisigoths se rendent jusqu'à Mycène et Olympie. A noter qu'une petite ville en Arcadie, Tégée, se défend avec succès grâce à l'initiative d'un noble local. Cela indique que les Wisigoths étaient toujours inaptes à prendre les villes fortifiées défendues par des milices locales.

Devant la gravité de la situation, Arcadius ne réagissant pas, Stilicon mène une campagne dans le Péloponnèse, après avoir plus tôt dans l'année recruté des soldats sur le Rhin.

Alaric en Grèce
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L'armée de Gaïnas combat des barbares en Illyrie.


Année 397
Campagne de Stilicon contre les Wisigoths en Grèce
Au printemps, Stilicon arme une flotte, s'embarque en Italie et débarque sur la côte sud du golfe de Corinthe à la tête de forces importantes. Des escarmouches s'ensuivent entre Alaric et Stilicon. Stilicon parvint à encercler les Goths sur le plateau de Pholoe à l'est de l'Elide, près de l'Arcadie où ils s'étaient retirés. Le manque de nourriture, d'eau et les épidémies frappent les Wisigoths, mais Stilicon lâche cependant son étreinte, peut-être sur l'incitation de l'or des Goths, plus probablement en raison d'une nouvelle discorde entre les deux Empires. Alaric négocie en effet avec Eutrope tout au long de la crise avec Stilicon, jouant des divisions impériales.

"[...] Stilicon embarqua des soldats dans des navires, partit pour soulager les malheurs de l'Achaïe et, après avoir accosté dans le Péloponnèse, contraignit les Barbares à se réfugier en Pholoé. Il les aurait ensuite facilement détruits grâce au fait qu'ils étaient à court d'approvisionnements s'il n'avait pas, en s'abandonnant à la mollesse, à des mimes bouffons et à des femmes extrêmement dévergondées, laissé ses soldats piller tout ce que les barbares n'avaient pas pris, si bien qu'il donna latitude aux ennemis de se retirer du Péloponnèse avec tout leur butin, de passer en Epire et d'y ravager les villes." (Zosime, Histoire Nouvelle, V-7)

Zosime se montre sévère à l'extrème, rendant responsable Stilicon de la survie des Wisigoths en raison de ses dépravations et de sa mollesse, ce qui est à exclure. Des raisons politiques expliquent la mansuétude de Stilicon. Eutrope, pour détourner Stilicon de l'orient stimule les projets de Gildon, rebelle gouvernant pour son compte l'Afrique depuis 386. Cette politique met Stilicon dans une situation à priori inextricable : l'empereur Arcadius légitime les décisions d'Eutrope, et ce dernier tente d'empêcher les subordonnés de Stilicon présents en Afrique d'agir contre Gildon.

Stilicon se retire alors des provinces orientales, ne voulant pas d'une guerre civile ouverte. Comme après la mort de Théodose, avec Rufin, on observe là une totale mésentente entre Stilicon et la cour de Constantinople, Arcadius voyant de plus en plus Stilicon comme un danger. Alaric est alors perçu comme un atout militaire contre Stilicon, et comme un outil potentiel pour reprendre l'ascendant en Orient par Stilicon. Alaric, lui, prend progressivement conscience de son rôle et de son importance, ainsi que des divisions politiques impériales.

Les Wisigoths pillent l'Epire ; Alaric est promu magister militum
Dès son départ, Alaric viole derechef les accords passés et recommence à piller en Epire. Il y fait de tels dégats que le gouvernement impérial en Orient pactise avec lui. Alaric passe un nouveau foedus avec Arcadius, qui fixe les Wisigoths en Emathia tellus, région du centre de la Macédoine. Alaric est probablement nommé Maitre de la milice d'Illyrie, ce qui permet d'intégrer Alaric dans la hierarchie romaine. De fait, une région administrative est placée sous l'autorité d'un chef barbare. Les Wisigoths avaient cependant également besoin du soutien de l'administration civile, dont dépendait l'armement et l'approvisionnement de l'armée. Alaric, bien qu'inférieur au préfet du prétoire, administrateur civil pour la région, aurait dirigé l'administration civile de la province, selon le poète Claudien. Peu de temps auparavant, le 9 juillet 397, Arcadius avait défini l'autorité du préfet du prétoire, lui confiant précisément les fonctions administratives dont Alaric devait se voir investir. Passaient ainsi sous le contrôle d'Alaric les ateliers d'armes et les entrepôts, ainsi que la collecte des impôts payés en nature dans les villes.
Alaric prend probablement à l'époque le titre de Roi, centralisant un pouvoir politique et militaire jusqu'alors réparti de façon collégiale entre les différents nobles de la tribu. Alaric assure par ce mandat la cohésion des Wisigoths, dont les différentes composantes pouvaient jusqu'alors s'éparpiller après les défaites ou les victoires retentissantes, comme ce fut le cas après Andrinople.

Révolte de Gildon en Afrique
A la fin de l'automne, très probablement sur incitation d'Eutrope, le rebelle africain Gildon suspend complétement les livraison de blé africain à Rome, provoquant une famine (le blé égyptien était lui destiné à Constantinople). Depuis la mort de Théodose, il ne livrait déjà plus le blé qu'en quantité chichement mesurée. Gildon, appuyé par le gouvernement de Constantinople se sent assez fort pour se révolter ouvertement contre Stilicon. Sa position est renforcé par sa fille Salvina qui a épousé un neveu de Flaccilla, la première femme de Théodose. Par alliance, Gildon faisait partie de la prestigieuse dynastie théodosienne, comme Stilicon.
En lui créant un adversaire en Afrique, Eutrope fixe ainsi Stilicon en Occident pour un temps, et Gildon se voit légitimé par le gouvernement de Constantinople, gouvernement lointain donc peu exigeant.
Vers la fin de l'année 397, Stilicon, en réponse, appuyé par le sénat de Rome, déclare Gildon ennemi public. L'association du sénat romain à une prise de décision politique est tout à fait inhabituel, le sénat n'étant jamais associé à des décisions de hautes politiques. Stilicon légitime par là sa décision qui va à l'encontre de la volonté du gouvernement de Constantinople. Stilicon prend à ce moment précis des mesures favorables à l'aristocratie sénatoriale romaine. Symmaque, éminent sénateur, se fait écho de la satisfaction de l'oligarchie sénatoriale après ces décisions.
Eutrope en réponse fait déclarer Stilicon ennemi public et se sert du sénat de Constantinople de la même façon que Stilicon pour donner du poids à sa mesure.


Année 398
Campagne de Masceldélos contre Gildon en Afrique
Stilicon, qui a renforcé sa position en Occident en donnant sa fille Marie en mariage à Honorius vers la fin de l'hiver, se décharge de la guerre en Afrique sur Masceldélos (Mascezel ou encore Mascizel), envoyé en Afrique combattre ce dernier. Ancien adversaire de Théodose l'ancien, Masceldélos connait le territoire africain. De plus, étant orthodoxe, il est aussi opposé à Gildon par la religion. Masceldélos est le frère de Gildon, mais une haine opposait les deux frères depuis que Gildon avait fait mettre à mort les deux fils de son frère. Une petite armée est réunie à Pise, 5.000 soldats pour Orose. Masceldélos devait avoir pour consigne de compléter ses effectifs une fois en Afrique, surtout en cavalerie. Il quitte Pise avec son armée en février ou mars 398.

Suite à un malentendu, l'armée de Gildon bien que soutenue par les Circoncellions, ouvriers agricoles rebelles à l'autorité impériale en Afrique du Nord, se rend vers le mois d'avril. Cette rédition semble être le résultat d'une trahison soigneusement préparée par Masceldélos. Les sources antiques divergent cependant sur les faits. Sozime parle d'une bataille sanglante :
"Celui-ci (Stilicon) lui confie des forces importantes, équipe des navires en suffisance et l'envoie guerroyer contre Gildon. Masceldélos arriva à l'endroit où il avait entendu que se trouvait son frère, fondit sur lui à l'improviste avec son armée et, après une violente bataille, il remporta une victoire si complète que Gildon mit fin à ses jours en se pendant [...] quant au frère de Gildon, il restitua l'Afrique à l'Empire d'Honorius et rentra victorieux en Italie..." (Zosime, Histoire Nouvelle, V-11).

Gildon est étranglé le 31 juillet 398 selon certaines sources, après une période de captivité.
Masceldélos retourne par la suite à Milan. Il profane alors peut-être une église où des personnages sont retranchés. Stilicon, se méfiant de son allié, frère de deux révoltés africain, met en scène un accident mortel en le faisant tomber d'un pont dans un fleuve où il se noit.

Dégradation du statut des soldats frontaliers
Le statut de 363 concernant les soldats Limitanei est confirmé : la législation en fait des recrues de seconde catégorie, assimilées aux esclaves des manufactures impériales. Il ne s'agit plus de soldats de carrière comme cela était le cas pour la première génération de Limitanei au début du IV siècle. Immanquablement, cela indique une détérioration de la défense des frontières.

Des Goths Greutunges établis en Phrygie, commandés par un des leurs, le comes Trigibild, repoussent des Huns, probablement infiltrés depuis le Caucase. La demande de récompense de Trigibild est rejetée de façon insultante par les autorités impériales.


Année 399
Révolte en Asie mineure du Goth Trigibild contre Eutrope
Au printemps, le Goth Trigibild se révolte contre Eutrope, dont le consulat n'avait pas été reconnu par Stilicon, signe des tensions entre les deux parties de l'empire, alors qu'une nouvelle menace perse apparait. Cette révolte en Asie mineure est des plus dangereuse pour le pouvoir impérial, cette partie de l'Empire étant son vivier économique et militaire. De plus, ces révoltés pourraient faire cause commune avec les Huns qui depuis 395 attaquent la région, voir avec les Perses, ennemis héréditaires des Romains, et prendrent à revers les défenses impériales stationnées sur l'Euphrate, fâce aux Perses.

L'empereur Arcadius, aux prises avec Alaric en Europe et Trigibild en Asie mineure, se débarasse du premier et de ses Wisigoths en lui faisant miroiter le pillage de l'Occident. On observe là le caractère pernicieux de la divison politique de l'Empire. Arcadius, il est vrai en prise avec la très dangereuse révolte de Trigibild, résoud le problème goth sur le dos de son frère Honorius.

Une fois en Phrygie, Trigibild se rallie les goths de la région, nombreux dans la région, tant agriculteurs que dans les emplois subalternes. Au début peu nombreux, ils sont sous-estimés par Eutrope qui ne s'alarme pas de cette révolte outre-mesure et offre une conciliation à Trigibild, ainsi que des cadeaux. Cependant, cette tentative de conciliation est un échec. Des colons fugitifs et des vagabonds divers se joignent à Trigibild. Ensemble, ils pillent la province de phrygie facilement, les murailles des villes n'étant plus entretenues en raison d'une longue période de paix. La Lydie et la province d'Asie sont aussi pillées.

Dans un premier temps, Eutrope charge son favori Leo, promu au rang de Magister militum per orientem, du commandement de l'armée d'Asie. Gaïnas n'a lui qu'une mission de surveillance des Dardanelles. Les auteurs antiques sont très critiques à l'égard de Leo : il "ne possèdait pas la moindre espèce de capacité comme général ni quelque autre titre qui pût lui valoir une telle faveur" (Sozime, Histoire Nouvelle V-14), selon Eunape, il avait une foule de concubine et buvait à lui seul plus que tous les hommes. Il méritait son nom par sa grande taille et par sa voracité (Eunape, Hist. frg. 76, 1-2), pour le poète de la cour de Ravenne Claudien, son âme était petite autant que son corps était grand, il était plus vorace que la harpye Céléno (20 [in Eutr.2],376-405).

Trigibild serait allé en Bithynie puis près de Chalcédoine. Gaïnas, après être sorti de Constantinople, rejoint ses troupes en Phrygie, passe en Lydie, et se rapproche du littoral égéen. Zosime l'a soupçonné de vouloir passer en Thrace puis de se rendre en Asie par les Dardanelles pour faire jonction avec Trigibild. Gaïnas éveille les soupçons d'Eutrope. Selon Zosime, peu après le départ de Gaïnas, les preuves de collusion avec les révoltés sont mises en évidence. Trigibild redoutant Leo, il ne rejoint pas les Dardanelles. Il revient sur ses pas, pille à nouveau la phrygie, puis se rend vers le sud vers la Pisidie. Gaïnas devant l'échec de son plan initial, reste en thrace en position d'attente sans secourir les régions d'Asie mises à sac par Trigibild.

Gaïnas passe finalement en Asie mais ne s'oppose pas à Trigibild. Il évite soigneusement de lui nuire, et Trigibild fait de même. Une entente se met en place entre les deux Goths en théorie ennemis. D'éventuels liens de parenté unissent peut-être par ailleurs les deux hommes.

Trigibild est vaincu par une milice levée à la hâte
Valentin, un propriétaire terrien, devant l'inaction des deux généraux de Constantinople, prépare une embuscade contre Trigibild. Le noyau des forces de Trigibild semble être de la cavalerie. Une suite de manoeuvres incohérentes caractérise alors les déplacements de Trigibild, probablement dépendant de ses troupes pensant davante au pillage qu'à une stratégie. L'embuscade de Valentin est tenue à Selgè, ville de Pamphylie, limitrophe de la Pisidie, à 50 km de la mer et à 1000 mètres d'altitude. C'est une région extrèmement fertile, regorgeant de brigands isauriens : les habitants de la région étaient habitués à assurer leurs propres défenses. Les hommes dont dispose Valentin sans être des soldats réguliers, ne sont pas des amateurs :
"Un certain Valentin, établi à Selgè, qui avait acquis quelque culture et ne se trouvait pas dépourvu d'expérience militaire, rassembla une foule d'esclaves et de paysans qui étaient bien entrainés grâce aux fréquents combats qu'ils livraient aux brigands leurs voisins, et les installa sur les hauteurs qui dominaient les chemins d'accès, de manière qu'ils vissent tous ceux qui empruntaient la route tout en restant eux-mêmes invisibles, même si les ennemis passaient de jour. Quand Trigibild [...] eut pénétré, alors qu'il faisait encore nuit, dans le territoire que domine Selgè, les barbares furent la cible d'une pluie de projectiles de fronde; les pierres lancées étaient assez grosses pour remplir la main et même plus grande encore : d'une position supérieure, il était en effet facile de faire rouler des rochers même assez lourds. Il n'y avait pas de fuite possible, car d'un côté de la route se trouvaient un lac profond et des marais, et de l'autre un chemin montant et étroit qui laissait à peine le passage à deux hommes de front; [...] cet endroit était gardé par un certain Florent, qui avait avec lui assez d'hommes pour bloquer ceux qui tentaient de passer. Pris au piège de ces endroits et accablés par le nombre et la grosseur des pierres, les barbares périrent pour la plupart; les pierres qui tombaient sur leurs rangs serrés provoquaient en effet à chaque coup la mort; se trouvant ainsi dans une grande détresse, ils se lançèrent en majorité dans le lac avec leurs chevaux et échappèrent à la mort sous les pierres pour périr dans les marais; cependant Trigibild monte avec 300 hommes [...] cherche à suborner Florent [...] et achète la permission de passer; et quand il se fut échappé de cette manière, il ne se soucia nullement de tous ceux qui étaient en train de périr jusqu'au dernier." (Zosime, Histoire Nouvelle 5,15-16).

L'embuscade de Valentin réussie mais Trigibild achète une unité romaine et peut fuir hors du traquenard. Florent, un notable de la ville permet à Trigibild de fuir avec 300 hommes. Par la suite, une unité romaine changera de camps. Ces trahisons et désertions sont inévitables du fait de la présence de nombreux éléments Goths dans la région, dans l'armée, les classes inférieures, libres ou serviles. Gaïnas envoie alors Leo et Valentin après Trigibild. En dépit d'un grade inférieur, c'est Gaïnas qui semble avoir prit l'ascendant sur le timoré Leo.

Entente entre Trigibild et Gaïnas, comes rei militaris
Trigibild, battu par Valentin, ne semble plus représenter une grande menace. Gaïnas lui vient donc en aide plus directement : il lui envoie des renforts qui détruisent les unités romaines envoyées contre son allié, puis qui se joignent à lui. Il envoie des rapports alarmistes à la cour impériale en brodant sur la menace que les révoltés feraient peser sur l'Empire et demande qu'Eutrope soit livré à Trigibild, seul moyen selon lui d'obtenir la paix.

Leo se rend en Pisidie-Pamphylie. Gaïnas descend lui aussi assez loin vers le sud. L'ordre donné à Leo par Gaïnas de suivre Trigibild est une feinte. Pour sauver Trigibild en paraissant l'accabler, Gaïnas envoie des renforts goths à Leo dont il sait qu'ils déserteront au profit de Trigibild. Ainsi renforcé alors qu'il était proche de l'écrasement, Trigibild peut s'échapper de la zone où les habitants de Pamphylie l'avaient bloqué. Il remonte vers le nord et ravage à nouveau la Phrygie. Leo et Trigibild finissent par se faire face, en Pamphylie ou non loin de là. Trigibild attaque de nuit le camp de Leo et y fait un grand massacre., Leo disparait après avoir fui à cheval et chuté dans un marais. Gaïnas désirant la perte d'Eutrope, mais n'étant pas assez influant pour l'obtenir directement, exagère encore les méfaits de Trigibild et insiste sur la chute nécessaire d'Eutrope.

Après la défaite de Leo, Gaïnas, qui avait le grade de comes rei militaris, est promu Magister militum per Thracias puis praesentalis. Il est chargé de réduire la révolte de Trigibild en Asie mineure, en dépit des soupçons pesant sur lui. Restés seuls face à face après la mort de Leo, leur alliance devient possible. Gaïnas y est poussé par son intérêt personnel mais aussi par ses troupes composées de contingents barbares qui veulent faire cause commune avec les pillards de Trigibild.

Chute d'Eutrope
La chute d'Eutrope est datable de juillet 399. Convaincu par ses intriguants, peut-être par sa femme, d'abandonner son ministre, Arcadius démet Eutrope de ses fonctions. Déchu, sachant que Trigibild réclame sa tête, l'ancien homme-fort du pouvoir se réfugie dans une église de Constantinople, probablement sainte-sophie. Il est protégé par Jean Chrysostome, l'évèque de la ville depuis le 26 février 398. L'armée aurait alors réclamée sa tête, mais un discours de l'Empereur aurait calmée par soldatesque. Eutrope est arrêté alors qu'il sortait de l'église, mais à la vie sauve. Il est exilé à Chypre. Une accusation de lèse-majesté parvient finalement à l'Empereur : Eutrope aurait utilisé pendant son consulat des ornements réservés à l'empereur. Il est décapité après un jugement à Chalcédoine ou non loin de là, à Pantichion où siègeait le tribunal qui le condamna, peut-être sur pression de Gaïnas ou d'Eudoxie et des ennemis d'Eutrope à la cour.

Le nouvel homme fort du régime est Aurélien. Ancien préfet de Constantinople de 393 à 394, sa carrière est freinée sous Eutrope de 395 à 399, mais les adversaires de ce dernier, oposés à sa politique favorable aux barbares se regroupent autour de lui. A l'été 399, Aurélien accède à la charge de préfet du prétoire d'orient. C'est la même année que parait le "De regno" texte de synésios de Cyrène, protégé d'aurélien : il s'agit d'un texte ultranationaliste. A l'image d'Aurélien, ce texte symbolise le retournement idéologique dans le palai de Constantinople. Le nationalisme prévaut désormais sur la coopération avec les germains, et surtout avec les Goths. Gaïnas a donc réalisé un mauvais calcul politique. S'il craignait Eutrope, la mort de ce dernier, favorable aux germains, amène au pouvoir des ultra-nationalistes, aboutissant à la révolte anti-germanique de 400.

Après la chute d'Eutrope, la fidélité de Gaïnas au gouvernement de Constantinople parue plus douteuse que jamais. Néanmoins, Gaïnas se présente comme étant toujours au service d'Arcadius. Trigibild qu'il devait combattre devient son subordonné. Gaïnas dicte à Trigibild un accord avec Arcadius, lequel peut alors croire le problème réglé. Trigibild apparait en effet comme ayant fait sa soumission à son autorité, et Gaïnas restant en apparence fidèle. Le gouvernement impérial semble s'en satisfaire en 399, et ne prend aucune mesure contre les Goths. Gaïnas et Trigibild restent en phrygie l'automne et l'hiver 399.

Les Empereurs Arcadius et Honorius ordonnent la destruction de tous les temples ruraux par la foule.


Année 400
Jonction entre Trigibild et Gaïnas, occupation de Constantinople par les Goths
Aurélien favorise l'élévation de sa protectrice, Eudoxie, femme de l'empereur Arcadius. Le 9 janvier, Eudoxie, est faîte impératrice (Augusta). C'est la première fois qu'une barbare (Franque) accède à un tel rang. Stilicon refuse de reconnaitre le nouveau préfet du prétoire de Constantinople Aurélien comme consul pour la partie orientale de l'Empire, et incite Honorius à protester contre l'élévation d'Eudoxie au rang d'Augusta.

A la fin de l'hiver ou au début du printemps 400, Trigibild se rend à Thyatire par la lydie supérieure, au nord de l'hermus. C'est là que Gaïnas jette le masque et rejoint Trigibild. Ce dernier regrette de ne pas avoir pillé la cité de Sardes, capitale de la province de Lydie, à 50 km au sud de Thyatire, cible dépourvue de toute protection. Dans la seconde moitié de mars 400, Trigibild échoue dans sa tentative de pillage de Sardes, les pluies rendant le fleuve Hermus infranchissable pour les Goths. Après cet échec en Asie, les deux chefs Goths décident de passer en Europe. Trigibild se dirige vers les Dardanelles, Gaïnas vers le bosphore. Ils occupent ces positions à la mi-avril 400. Gaïnas demande alors une entrevue avec l'Empereur Arcadius, se méfiant des hauts fonctionnaires qui appartenaient tous au parti anti-goth d'Aurélien. L'entrevue se déroule à Chalcédoine. Césaire (Kaisarios), frère du préfet du prétoire Aurélien, lui-même ancien préfet du prétoire collégialement avec Eutychien jusqu'à la chute d'Eutrope, facilite l'organisation de la rencontre entre Arcadius et Gaïnas. A l'inverse de son frère, Césaire est assez favorable aux Goths, comme l'était Eutrope.

La rencontre à Chalcédoine entre Arcadius et Gaïnas se tient dans l'église de sainte-euphémie. C'est un triomphe complet pour Gaïnas, qui s'impose à Arcadius. Il obtient peut-être un grade supérieur dans l'armée et le consulat pour 401. Surtout, le parti anti-gothique de ses ennemis est décapité et perd toute influence sur la marche des affaires. Césaire, plus favorable aux Goths, succède à son frère Aurélien et retrouve sa charge de préfet du prétoire. On remet à Gaïnas ses plus farouches adversaires : Aurélien -consul en 400 , saturnin(us) -ancien consul en 383, Jean –confident d'arcadius. Les Goths sont autorisés à passer librement en Europe et s'installent à Constantinople. La capitale de l'orient est occupée militairement par un ennemi en arme, mais l'évènement ne fait que peu de bruit - infiniment moins que le sac de Rome en 410. Après un simulacre d'éxecution, les otages sont exilés. Une fois l'accord conclu, Trigibild passe les Dardanelles et arrive en Thrace. Gaïnas passe le Bosphore et s'installe à Constantinople. Trigibild est tué peu après son passage en Thrace, dans des circonstances non-élucidées.

Si l'accord semble être au profit de Gaïnas, l'Asie Mineure, peut-être la partie de la plus riche et la plus peuplée de l'Empire, se débarasse des Goths. L'Orient préserve les bases de sa souveraineté économique et militaire avec cet abandon de l'Asie par les Goths.

Révolte anti-germanique à Constantinople contre les Goths
Les motivations de Gaïnas semblent claires : maintenir le parti anti-gothique à l'écart du pouvoir, s'imposer à Arcadius, et devenir l'un des premiers personnages de l'état. Selon les sources antiques, Gaïnas répartie les soldats de Constantinople dans des garnisons hors de la ville, la laissant sans défense. Il parait cependant douteux que toutes les troupes romaines ainsi que les troupes palatines chargées de la protection de l'Empereur soient placées hors de la capitale. Zosime par la suite indique qu'il restait des troupes dans la ville, et le stationnement dans des garnisons hors de Constantinople était la situation normale, et ne résulte pas d'une décision de Gaïnas. Il n'est cependant pas douteux que les troupes gothiques sont bien plus nombreuses que les troupes romaines qui pouvaient s'opposer à eux.

La cohabitation entre des guerriers Goths hostiles accompagnés de leurs familles et la population de Constantinople va aboutir à une révolte de cette dernière, dite "anti-germanique". Heurts et incompréhensions se développent rapidement. Dans un premier temps, les Goths, chrétiens ariens, demandent qu'une église de la ville leur soit remise pour être consacrée arienne. Jean chrysostome, évèque de Constantinople, et tenant de l'orthodoxie chrétienne, s'y oppose de toutes ses forces. A cela s'ajoute des rumeurs selon lesquelles les Goths tentent de piller les banques et de confisquer les coffres des changeurs. L'échec de leur tentative pour mettre la main sur l'or de la capitale impériale provoquent leur fureur. Un incendie suspect menace alors le palai de Constantinople.

Au début du mois de Juillet 400, une partie des Goths décident de quitter la ville avec leurs familles en secret, sans susciter la suspiçion des autorités ou de la population, afin d'éviter de nouveaux revers, ou plus probablement dans le but de mettre leurs familles à l'abri. Les Goths, même bénéficiant d'une grande supériorité numérique par rapport aux soldats impériaux, devaient en effet s'inquiéter du sort de leurs familles dispersées dans Constantinople, source par ailleurs de tensions croissantes et de heurts avec la population de la ville.
Gaïnas et une partie des siens quittent la ville sans encombres, et s'installent près de l'église de saint jean l'apôtre, à 7 miles de la ville (soit 10 km ½ ). Le 12 juillet, des incidents aux portes révèlent cependant à la population de Constantinople que les Goths tentent de s'esquiver secrêtement avec leurs familles. En l'absence de Gaïnas, le malaise général quant à la présence des Goths dans la ville se mute en une chasse à l'homme. Des échauffourés s'ensuivent aux portes de la ville entre Goths et habitants de Constantinople. Alors que le désordre atteint son paroxysme aux portes, les Goths se trouvant encore dans l'enceinte de la ville se rendent compte que la foule de leurs adversaires est très mal armée, et principalement composée de civils et non de soldats réguliers. Ces Goths tentent donc d'organiser une résistance, et leurs compatriotes déjà hors des murs de la ville reviennent sur leurs pas pour leur porter secours. Gaïnas est peut être du nombre. Mais les habitants de Constantinople, craignant le retour des barbares qui avaient déjà quitté la ville et venaient prêter main forte à leurs compagnons en difficulté réussissent à fermer les portes de la ville, provoquant l'échec de la contre-attaque des Goths.
Une partie des Goths, ceux qui n'ont pas encore quitté Constantinople, se trouve ainsi bloquée dans la ville, en proie à une population hostile. Ces goths se réfugient dans l'église des chrétiens (probablement l'église où Jean Chrysostome fait dire la messe en langue gothique). Par crainte du sacrilège ou en raison de difficultés à les déloger, le toit de l'édifice est défoncé et on y lance des brulôts. L'incendie de l'église cause la mort de 700 Goths. 7.000 auraient péri dans la révolte de la ville.

"Il (Gaïnas) laissa donc dans la ville des barbares dont le nombre l'emportait dans une large mesure sur celui des hommes chargés d'assurer la protection de la cour, se retira dans un faubourg distant de 40 stades de la ville [...]. Comme il s'approcha du mur [...] les garde stupéfaits poussèrent des cris; un tumulte général s'en étant suivi, on entendait les plaintes des femmes, et ce n'était que gémissements confus, comme si la ville était déjà prise, jusqu'à ce que, tous s'étant rassemblés, ils se dressèrent ensemble contre les barbares qui se trouvaient dans la ville, les massacrèrent avec des épées, des pierres et tout ce qui leur tombait sous la main, puis se précipitèrent vers la muraille, lancèrent de concert avec les gardes tout ce qu'ils trouvaient contre les hommes qui entouraient Gaïnas et les arrêtèrent dans leur attaque contre la ville. Mais quand la ville eut échappé de cette manière au danger, les barbares acculés par ceux qui se trouvaient à l'intérieur, au nombre de plus de 7.000, s'emparèrent de l'église des chrétiens qui se trouve près du palai impérial et se firent ainsi un asile pour assurer leur salut; l'Empereur voulut que même là on les massacrât, et que l'endroit ne suffise pas à les faire échapper au juste châtiment de leur audace. Or l'Empereur donna ces ordres, mais absolument personne n'osa mettre la main sur eux et les arracher de l'asile, par crainte de se heurter à quelque résistance de leur part; il parut donc judicieux qu'en démolissant le toit à l'endroit situé au-dessus de la table de ce qu'on nomme l'autel, on donne aux hommes désignés pour ce travail la possibilité de lancer sur eux des morceaux de bois enflammés et de les brûler tous jusqu'au dernier en recourant sans discontinuer à ce procédé; c'est ce qu'on fit, et les barbares furent exterminés, mais les plus dévots des chrétiens estimèrent qu'on avait osé commettre un grave sacrilège au milieu de la ville." (Zosime, Histoire Nouvelle, 5,19,2-5).

Les sources antiques sont unanimes à souligner que dans l'échauffourée aux portes et dans l'attaque contre les Goths restés dans la ville, c'est la population civile avec des armes de fortune qui s'est opposée victorieusement aux barbares. Néanmoins des troupes régulières sont présentes lors de ces évènements et encadrent certainement les civils.

Défaite de Gaïnas
Gaïnas suite à la révolte reprend sa guerre en Thrace mais les villes ont été fortifiées et sont défendues par les milices. Toute nourriture a été rentrée dans les villes. Gaïnas, poussé par la famine et regrettant d'avoir abandonné les riches provinces d'Asie, où il compte de plus de nombreux partisans Goths, il décide de repasser en Asie par l'Hellespont. Le gouvernement de constantinople par l'intermédiaire de Jean Chrysostome tente une ambassade avec Gaïnas qui échoue après ces évènements. Gaïnas est déclaré ennemi de l'Empire.
Fravitta, un Goth, est désigné par Arcadius pour combattre Gaïnas. Fravitta s'est distingué dans le passé dans sa lutte contre le brigandage des Isauriens dans les années 395, et contre la piraterie en Cilicie, Palestine et Phénicie avec le grade de Magister Militium per Orientem. Il est présenté comme un civilisé et comme un grec, c'est à dire polythéiste. Pour sa guerre contre Gaïnas, il obtient le grade de Magister Militium Praesentalis à l'été 400. Veillant à ce que ses troupes soient opérationnelles, il fait construire en partie une flotte navale, composée de Liburnes, des navires légers à 30 rameurs (triacontères). Il complète sa flotte avec des navires stationnés à Constantinople, et se tient face à Gaïnas de l'autre côté de l'Hellespont.
Gaïnas lui, n'a que des radeaux à opposer à la flotte de Fravitta. Poussé par la famine, il tente malgré tout de débarquer en Asie. L'effet combiné des vents et surtout du courant en direction de la mer égée rend la manoeuvre de radeaux de Gaïnas très difficile. L'endroit où les Goths font selon toute vraisemblance leur tentative de traversée ne comprend que 1.6 km de largeur, mais est également l'endroit où le courant est le plus fort. Le 23 décembre 400, la flotte de Fravitta disperse et coule sans mal les radeaux de Gaïnas.

"Le général des Romains croisa [...] avec ses navires dans les parages des territoires de l'Asie en guettant nuit et jour les entreprises des barbares; mais Gaïnas, par manque de vivres, supportait avec peine de temporiser; après avoir coupé du bois dans la forêt de la Chersonèse, il en adapta une pièce à l'autre avec un soin extrème, construisit des radeaux capables d'accueillir des hommes et des chevaux, y embarqua les hommes avec leurs chevaux et les laissa emporter par le courant; il n'était en effet pas possible de les diriger en droite ligne avec des rames ni de les soumettre d'aucune manière à l'art des pilotes, vu qu'ils avaient été improvisés sans aucun art, par brusque décision d'un barbare. Lui-même resta sur la terre ferme avec l'espoir de reccueillir aussitôt le bénéfice de la victoire, comme si les Romains n'allaient paraître aucunement capables de combattre ses hommes; cela n'échappa pas à la perspicacité du général des Romains qui, au contraire, ayant prévu la manoeuvre, fit avancer ses navires à quelques distances de la terre; lorsqu'il vit les radeaux des barbares emportés au gré du courant, il prit lui-même l'initiative d'attaquer l'embarcation qui venait à sa rencontre en première ligne; comme il disposait d'un navire muni d'une étrave d'airain, il l'assaille en ayant l'avantage de son côté, l'éperonne, accable simultanément les occupants en leurs lançant des traits, et le coule avec ceux qui s'y trouvent. Lorsque les équipages des autres bateaux virent leur général et l'imitèrent, ils abattirent les uns en les perçant de traits, cependant que la mer engloutissait les autres qui étaient tombés des embarcations, si bien qu'aucun pour ainsi dire ne put échapper à la mort." (Zosime, Histoire Nouvelle, 5,21)

Fravitta n'ose pas mettre en jeu ses troupes contre Gaïnas sur la terre ferme et le laisse partir vers le Nord. Cette passivité après sa victoire navale est source de critique à son égard. Les ennemis de Fravitta sont les romains hostiles aux barbares, partisans du préfet du prétoire Aurélien, qui relèvent la tête depuis la révolte de Constantinople. Mais dans un premier temps, ils ne peuvent entamer son crédit, et Fravitta et nommé consul pour l'année 401.

Gaïnas se dirige alors vers la Thrace extérieure, et tente de regagner le Danube. Il fait massacrer les soldats réguliers qui se trouvaient encore dans ses troupes, de crainte qu'ils ne le trahissent et ne retournent à l'Empereur Arcadius, ou pour être plus libre de ses mouvements. Il est finalement massacré quelques jours plus tard, près de la frontière danubienne par les guerriers de Uldin, le roi des Huns. Amical avec l'Empire, Uldin fournit des mercenaires dans les périodes difficiles, ainsi que la tête du révolté, envoyée à Constantinople.

Après la réaction anti-germanique à Constantinople qui voit la défaite de Gaïnas et de Trigibild, l'Orient reconstitue une armée nationale avec les paysans de l'Asie mineure, les Isauriens. L'Orient a réglé le problème politique des fédérés. Ils ne constituent plus une enclave en territoire romain et l'armée d'orient se débarrase progressivement de ces éléments Goths. Jusqu'en 415, la réaction nationaliste et anti-barbare va orienter toute la politique des préfets du prétoire de Constantinople Aurélien et Anthémius. L'orient abandonne après cette alerte sa politique bienveillante à l'égard des Wisigoths, qui est remplacée par un rapprochement avec les Huns.


Année 401
Entente avec Uldin, roi des Huns
Le 3 janvier, Uldin, le Roi des Huns fait parvenir à Arcadius la tête de Gaïnas. Il en est récompensé par des présents et un traité. Ce traité prévoyait sans doute une alliance militaire avec fourniture de contingents de Huns à l'armée romaine.
Bien qu'à l'origine des malheurs romains (migrations des peuples dont les Goths aux frontières et dans l'empire), les Huns se montrent dans un premier temps disposés à aider l'empire en fournissant de nombreux auxiliaires, nettements plus fiables que les Wisigoths, et dont l'emploi culminera du temps d'Aétius en Occident, dans les années 430. Ce n'est qu'avec l'arrivée au pouvoir d'Attila comme seul roi des Huns après la mort de son frère Bleda que les Huns deviendront une menace. Cette entente montre également que la révolte anti-germanique à Constantinople concernait surtout les Goths ; pragmatiques, les impériaux savent qu'ils ne peuvent se passer à court terme d'employer des mercenaires barbares dans leurs armées pour pallier le problème des désertions et des difficultés de recrutement.

Après Rufin (mort en 395), d'Eutrope et de Gaïnas (morts en 400), Arcadius, toujours incapable de régner par lui-même, subit l'influence de sa femme Eudoxie.
Au printemps 401, Fravitta intervient en Thrace, dévastée par des esclaves fugitifs et des déserteurs. Dans le même temps, les otages livrés à Gaïnas en 400 sont de retour à Constantinople.

Migration des Goths d'Alaric, de l'Orient vers l'Italie
En automne, Alaric et ses Wisigoths quittent la Macédoine et la préfecture d'Illyrie. Ce faisant, il viole une nouvelle fois les accords le liant à l'Empire. La fin de la politique conciliante à l'égard des Goths, le rapprochement des autorités impériales avec les Huns, ennemis mortels des Wisigoths, et la mésaventure de Gaïnas rendaient inévitable une rupture du traité et une nouvelle errance des Wisigoths. Ils attendent cependant les moissons et la fin des grandes chaleurs pour se mettre en route.
Ils passent la ville de Sirmium, remontent la Save, rivière de Pannonie, et se rendent jusqu'en Italie. Le 18 novembre, Alaric pénètre en Italie, sans rencontrer de résistance importante. Il tente de prendre Aquilée, mais la ville lui résiste. En hiver, plusieurs villes non nommées par les sources tombent entre les mains des Wisigoths. Il en va de même pour la plaine de Vénétie.


Année 402
Défaite des Wisigoths d'Alaric contre Stilicon en Italie
Les Wisigoths en viennent à menacer Milan, alors capitale occidentale de l'empire. Stilicon persuade l'Empereur Honorius de ne pas s'enfuir en Gaule. Début mars, Stilicon, avec l'armée renforcée par des cavaliers Alains et par des fédérés Vandales arrive à temps pour sauver Milan. Alaric est contraint d'abandonner le siège de la ville. La capitale est transférée à Ravenne, ville côtière facile à défendre et à ravitailler. La dernière loi attestant Milan comme capitale est datée du 10 septembre 402, la première attestant Ravenne comme capitale impériale date du 6 décembre 402.

Alaric se dirige vers l'ouest, en remontant la rive droite du Pô, puis bifurque vers le sud, vers Rome et les riches provinces italiennes. Menacé au Nord par les troupes gauloises, au sud par Stilicon, il tente de prendre la ville de Hasta (Asti) mais échoue. Il établie son campement à Pollentia (Pollenzo). C'est là que Stilicon combat à nouveau Alaric le 6 avril. Stilicon confie le commandement à un Alain, Saül. Il lance une attaque imprévue le dimanche de Pâques, qui surprend les Wisigoths. Alaric perds son camp, son butin, et son infanterie est taillée en pièce. Il contre-attaque cependant avec sa cavalerie et tue Saül.
Alaric est en mesure après la bataille de gagner une position fortifiée dans les montagnes plus au sud. Des négociations sont tenues mais ne semblent pas aboutir. Le poète Claudien rapporte qu'un foedus aurait été signé, mais qu'il fut aussitôt violé par Alaric. Mais il est probable que ce traité fut inventé par le poète Claudien, panégyriste de Stilicon à la cour impériale, qui cherchait ainsi à disculper Stilicon de toute arrière pensée, dont il devait commencer à être accusé. Stilicon avait pour cette bataille recruté massivement des barbares, principalement des cavaliers Alains. Les forts du limes Rhénan sont dégarnis, des troupes sont rappelées de Bretagne. Pour la quatrième fois, Alaric est sain et sauf.

Alaric se retire au Nord du Pô. Arrivé à proximité de la ville de Vérone, il s'arrête. Il est possible qu'il souhaite par là faire pression sur l'autorité impériale pour récupérer les territoires perdus, peut-être pour gagner la Gaule en traversant la Rhétie après s'être renforcé de tribus germaniques, peut-être sur provocation de Stilicon qui voulait faire taire les critiques en écrasant définitivement les Wisigoths.
En juillet ou en Août, Stilicon affronte à nouveau Alaric. Les cavaliers Alains se lancèrent à l'assaut des positions des Wisigoths, qui refluent vers des positions fortifiés dans les montagnes. Mais Stilicon cette fois verrouille la route du Nord et enferme les Wisigoths sur une colline proche de Vérone. Là, la faim, la maladie et les désertions mettent à mal les troupes d'Alaric. Sans doute Alaric fut-il quitté par des Ostrogoths de Pannonie recrutés avant son arrivée en Italie, mais aussi très probablement par des Wisigoths. Deux personnages importants de son commandement le quittèrent à cette occasion : Ulfila, futur maître de la milice, et Sarus, qui s'illustrera dans les années 407-410.

Alaric battu à vérone
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De toutes les nombreuses défaites d'Alaric, Vérone fut sans doute la plus importante. Alaric abandonne l'Italie après avoir été à la merci une nouvelle fois de Stilicon, et s'installe dans le voisinage de la Dalmatie et de la Pannonie. de là, il ravage l'Illyrie orientale, non revendiquée par le pouvoir occidental avant 403-404, et sous l'administration de l'orient romain.


Années 403-404
Discorde entre les deux parties de l'empire pour l'Illyrie
L'autorité impériale en Occident revendique l'Illyrie orientale, alors sous l'administration théorique de l'autorité impériale d'Orient. Cette région était une pomme de discorde entre les deux cours impériales depuis la mort de Théodose en 395. En revendiquant ce territoire, Stilicon rompt avec Constantinople, mais ménage également Alaric, dont les Wisigoths lui sont indispensables pour reprendre cette région sur l'Orient, politique qui ne s'explique que par une pénurie de troupes en Occident.


Année 403
Triomphe de Stilicon à Rome suite à ses victoires sur Alaric
Stilicon fait célébrer un triomphe à Rome après ses victoires contre les Wisigoths, le dernier triomphe avant la prise de la ville en 410. Le poète Claudien, panégyriste de Stilicon et d'Honorius à la cour impériale écrit :

"Grâce à toi seul, Stilicon, l'Empire, au sortir des ténèbres qui l'enveloppaient, a repris sa beauté [...]. La mort était sur nos têtes, ton bras nous y a soustraits [...]. Rome même, naguère exposée aux fureurs de la guerre [...] a retrouvée la paix, elle relève maintenant sans crainte ses remparts. Redresse-toi, je t'en conjure, auguste-mère [...], ô ville aussi immortelle que les cieux [...]. C'est ici que les Destins fixent un terme aux invasions [...], leurs menaces sont dissipées. O Rome, redresse ta tête altière. Vois ton ennemi chassé d'Italie s'enfuir honteusement avec une poignée d'hommes [...]."

"Le mont Palatin est l'objet d'une nouvelle vénération [...]. Il n'y a pas dans le monde un palai plus digne de ses souverains, une colline plus apte à rehausser leur puissance, et à leur donner mieux la conscience de leur force [...].
[...] Dans tout l'espace qui s'étend du Palatin au pont Milvius, sur tous les toits où l'on a pu monter, la foule s'entasse [...]; en bas, des flots d'hommes déferlent; en haut les femmes étalent leurs chatoyantes parures sur les terrasses des maisons. La jeunesse manifeste sa joie à la vue d'un empereur de son âge [...]. La victoire elle-même dans son temple [...] promet qu'à l'avenir tu ne quitteras plus Rome et qu'elle ne te quittera plus [...]. La voie sacrée [...] te conduit à tes pénates paternels; l'enthousiasme populaire éclate alors [...]. Quel enthousiasme éveille dans l'âme des Romains la présence du génie de l'Empire! La pourpre impériale incline sa majesté devant le peuple groupé sur les gradins du cirque, et en retour, la multitude dans l'enceinte fait retentir les airs de ses applaudissements; en même temps l'écho des septs collines répète le nom de César [...]. La colline du Palatin tressaille de joie, après tant de siècles, à l'aspect d'un consul; les Rostres revoient la chaise curule que nos pères ne connaissaient que par ouï-dire, et au forum de Trajan si longtemps désert [...], les licteurs impérieux portent leurs faisceaux dorés, couronnés de lauriers [...]."


Claudien exprime le soulagement général après l'invasion de l'Italie par les Wisigoths et leur lourde défaite contre Stilicon. Aveuglement tragique, quelques années avant le sac de Rome? En réalité, l'Empire est encore en mesure de se défendre contre ses ennemis, qui ne sont pas capables de battre les armées romaines ou de prendre les villes fortifiées défendues par de simples milices.

Stilicon parlementant avec des barbares
Stilicon parlementant avec des barbares, selon H. Leutemann



Année 404
Pillage des Isauriens en Asie Mineure
Les brigands isauriens assiègent la ville de Cucuse, en Asie mineure, à l'été 404. Cucuse est la ville d'exil de Jean Chrysostome, suite à ses condamnations des moeurs de l'impératrice Eudoxie. Il parle dans ses lettres des Isauriens qui rendent le pays peu sûr :
"Nous en étions là, quand on nous annonça qu'une immense multitude d'Isauriens ravageaient les environs de Césarée, qu'ils avaient réduit en cendres un bourg considérable, qu'en un mot ils se livraient aux derniers excès. Aussitôt le tribun marcha sur eux avec ses soldats. On craignait qu'ils ne vinssent attaquer Césarée elle-même; tous étaient saisis de terreur à la pensée des dangers que courait leur patrie. Les vieillards mêmes se tenaient tout armés sur les murailles." (Lettre XIV à Olympiade datée de 404).
"Nous sommes relégué à Cucuse, dans le lieu le plus désert de toute la terre habitable et nous sommes assiégé chaque jour par les Isauriens." (Lettre CIX à Rufin, évèque datée de 404).
"Sur cette terre étrangère, dans cette solitude où nous vivons, traînant encore avec nous des restes de maladie, assiégé des alarmes que nous causent les brigands (les Isauriens ne cessent d'intercepter les routes et de promener partout le carnage)..." (Lettre CXCIV à Gemellus, datée de 404).

Arcadius envoie un général, Arbazacios, avec le grade de Magister Militium, pour mater les pillards. Originaire d'Arménie, il était Isaurien lui-même. Sa campagne de 404 s'achève avant le début de l'automne. Après ses victoires sur les Isauriens, Arbazacios s'abandonne à ses excès. De retour à Constantinople, il achète son impunité par des cadeaux à Eudoxie. Les raids des Isauriens reprennent et s'intensifient les années suivantes comme le montre les lettres de Chrysostome. Les campagnes militaires contre les Isauriens se prolongeront sur plusieurs années.

L'Impératrice Eudoxie décède le 6 octobre. Arbazacios, après la mort d'Eudoxie, vit paisiblement jouissant de ses vastes richesses en Libye. Très cupide, il est surnommé “Harpazacios” (pillard).


Année 405
Pillage des Isauriens en Asie Mineure
Les Isauriens poursuivent leur brigandage en Asie Mineure comme l'écrit Jean Chrysostome dans sa correspondance :
"Ce n'était pas pour nous une faible consolation dans notre solitude que de pouvoir écrire fréquemment à votre aménité : mais les ravages des Isauriens nous ont enlevé jusqu'à ce plaisir. La venue du printemps a multiplié leurs attaques, en même temps que les fleurs partout ils couvrent les routes rendant tous les passages impraticables. Déjà des femmes libres ont été faites prisonnières, des hommes égorgés." (Lettre CXL au diacre Théodore datée de 405)

Alaric est fait magister militum per illyricum par Stilicon
C'est probablement en 405 que Stilicon, pour reprendre l'Illyricum oriental, persuade Honorius de conclure un foedus avec Alaric, et le fait nommer Magister Militium per Illyricum, exactement comme l'avait fait Arcadius de 397 à 401, ainsi que de nommer un certain Jovius préfet des territoires revendiqués. En nommant Alaric à un grade militaire relevant des attributions d'Arcadius, il empiète délibérement sur la souveraineté de l'Empereur d'Orient. Ce fut peut-être là le début des inquiétudes qu'Honorius devait nourrir à l'égard de son trop puissant général. Alaric se déplaça de la Dalmatie et de la Pannonie où il séjournait vers l'Epire, une province relevant du Diocèse de Macédoine et donc de l'Illyrie orientale.
Cette installation en Epire n'est pas une preuve de rupture avec l'orient de la part de Stilicon, mais la préparation d'une solution de remplacement au cas où les manoeuvres diplomatiques échoueraient. Stilicon devait préférer temporiser et attendre. Telle était la situation quand l'invasion de Radagaise rendit provisoirement toutes ces dispositions caduques.

Anthémius devient préfet du prétoire de Constantinople. Par son nationalisme, il est opposé à Stilicon.

Les Huns se fixent dans la cuvette danubienne. Il en résulte des migrations massives de différents peuples fuyant les nouveaux-venus. Ces migrations aboutiront au franchissement du Rhin gelé par les Vandales, les Alains et les Suèves au premier janvier 407.

A la fin de l'année 405, le chef Goths Radagaise traverse le Danube, provoquant une foule de réfugiés en Italie.


Année 406
Pillage des Isauriens en Asie Mineure
L'insécurité persiste en Asie mineure en raison des raids des Isauriens; Jean chrysostome s'en fait l'écho dans sa correspondance :
"[...] mais ici on n'entend parler que de meurtres, de troubles, de sang répandu et d'incendies. Les Isauriens mettent tout à feu et à sang, et nous changeons de lieu tous les jours." (Lettre LXI à l'ancien consulaire Théodote datée de 406).
"Une autre tempête vient de s'élever dans son sein. Quelque part que l'on aille, on y voit des torrents de sang, des monceaux de cadavres, des maisons en ruine, des villes saccagées. Pour nous, qui semblons être à l'abri du danger, renfermé que nous sommes dans ce château, comme dans une horrible prison, cependant, la crainte où nous vivons perpétuellement, ces nouvelles qui nous apprennent chaque jour de nouveaux meurtres, cette continuelle attente de l'invasion des Isauriens..." (Lettre LXVIII datée de 406).
"Dernièrement, au milieu même de l'hiver, nous changions à chaque instant de demeure, et nous habitions tour à tour des villes, des vallées sauvages et des forêts; c'étaient les Isauriens qui nous chassaient ainsi de pays en pays. Enfin leurs ravages ont cessé, et voici qu'abandonnant le désert, nous nous sommes réfugié à Arabisse. Nous trouvons plus de sûreté dans la forteresse de cette ville que partout ailleurs : nous ne restons pas dans la ville même, mais bien dans le château; c'est un logement plus affreux qu'une prison. Non-seulement en effet, nous avons pour ainsi dire, chaque jour la mort à nos portes, car les Isauriens portent partout le ravage, mettent tout à feu et à sang, et renversent les édifices; mais encore le peu d'étendue de cette contrée, et la multitude de ceux qui se retirent dans Arabisse nous font craindre une famine." (Lettre LXIX au prêtre Nicolas datée de 406).
"nous habitons un désert, nous sommes comme perpétuellement assiégé, sans cesse exposé aux coups des Isauriens , sans cesse menacé de mort : oui, chaque jour la mort nous menace, renfermé que nous sommes dans une forteresse semblable à une prison et épuisé de faiblesse..." (Lettre LXX aux prêtres moines Aphtonius, Théodote et Chéréas datée de 406).
"Ajoutez à cela la crainte des Isauriens qui écarte et met en fuite tout le monde. Nul n'est resté chez soi, chacun a quitté sa maison et s'est sauvé où il a pu. Les villes ne sont plus que des murailles vides, les antres et les bois ont remplacé les villes. Semblables aux bêtes fauves, aux lions et aux léopards qui trouvent leur plus grande sûreté au désert, nous, malheureux habitants de l'Arménie, nous émigrons d'un lien à un autre, comme des nomades et des Hamaxobiens (1), sans pouvoir nous arrêter avec confiance nulle part, tant le brigandage de ces barbares remplit tout de tumulte et de confusion; ils massacrent, ils incendient, ils réduisent les hommes libres en esclavage. Et quand ils ont dépeuplé une ville par la terreur de leur nom, i!s la ruinent, ce qui revient à en faire périr les habitants. Combien de jeunes hommes obligés de quitter tout à coup leurs demeures, la nuit, par une température à tout geler, ont succombé, non sous le glaive des Isaures, mais de froid au milieu des neiges; si bien qu'en voulant fuir la mort, ils n'ont réussi qu'à trouver une mort plus cruelle ! Voilà où nous en sommes." (Lettre CXXVII datée probablement de 406).
"Nous n'habitons point une résidence fixe, mais tantôt Cucuse, tantôt Arabisse, d'autres fois enfin, nous errons parmi les déserts et les précipices, tant l'agitation et le désordre règnent tout autour de nous, tant le fer et le feu dévorent tout, hommes et maisons. Nous avons vu des cités périr avec leurs habitants; chaque jour assaillis de nouvelles alarmes , nous sommes contraints de déloger; c'est un nouveau genre d'exil, exil rigoureux, qu'accompagne journellement l'attente de la mort. Les châteaux-forts comme celui où nous sommes maintenant renfermés pareils à des captifs, ne suffisent pas même à nous rassurer, car ils n'effrayent pas l'audace des Isauriens." (Lettre CXXXI à l'évèque Elpidius datée de 406).

Invasion de l'Italie par le Goth Radagaise
En occident, l'invasion du chef Ostrogoth Radagaise semble suspendre l'éxécution des projets de Stilicon. Neutre au cours du conflit, Alaric propose de marcher sur Constantinople en conduisant les troupes régulières romaines ainsi que l'armée des Wisigoths pour reprendre l'Orient aux intriguants de la cour impériale de Constantinople, mais Stilicon temporise. Il semble que son but n'est plus de reprendre l'Orient par la force ou par les intrigues, et un rapprochement entre les deux parties de l'Empire se fera sentir jusqu'à sa mort à l'été 408. Stilicon cherche davantage à éloigner Alaric de l'Italie. Ce dernier s'en rend compte et entretient une correspondance avec l'Orient tout en négociant avec Stilicon.

L'invasion de Radagaise fit naître une controverse entre polythéistes et chrétiens : pour les premiers, Radagaise pouvait avoir la faveur des Dieux que les Romains avaient dû abandonner suite aux édits de Théodose et de ses fils. Radagaise pouvait donc être un instrument de vengeance des Dieux, ou une opportunité de revenir aux anciennes coutumes si le christianisme était associé à la défaite des armées romaines. Mais le polythéisme germanique n'avait que peu de points communs avec le polythéisme gréco-romain.

A la fin de l'hiver ou au printemps 406, l'Ostrogoth Radagaise pénètre dans l'Empire et fond sur l'Italie. Son armée était composée d'un ensemble hétéroclites de peuples germains : Suèves, Vandales, Burgondes, Alains. Il est important de noter qu'Alaric reste neutre pendant cette invasion, alors qu'en joignant ses forces avec Radagaise, il aurait peut-être été en mesure de battre Stilicon. Peut-être Radagaise a-t-il contrecarré les propres plans d'Alaric. Son invasion provoque la panique. Les sources antiques parlent de 100.000 à 400.000 barbares. Même dans le chiffre minimaliste, cette invasions devait comporter des civils et des familles pour que Stilicon puisse en venir à bout.

Pour affronter l'invasion, l'Empereur Honorius lance deux édits de recrutements militaires étendus aux esclaves. On ne sait pas comment ces recrues d'orgine infâmante et traditionnellement perçues comme non fiables et indignes de servir, furent intégrées à l'armée : amalgame aux unités régulières ou créations d'unités d'Honoriens citées dans la Notitia Dignitatum. Un de ces édits promet la liberté et de l'or aux valets (employés dans la logistique, servants du train) de soldats et de fédérés qui s'enrôleront. L'un de ces édits est daté du 18 mai 406 :

Contre les assauts de l'ennemi, nous ordonnons de prendre en compte non les seules personnes, mais les forces; et bien que les hommes libres soient incités à l'amour de la patrie, nous exhortons à ce que les esclaves soient relevés par la récompense de la liberté, s'ils sont aptes au service militaire et s'ils prennent les armes, et aussi à ce qu'ils reçoivent deux solidus en salaire, par tête - avant tout réellement les esclaves qu'habite la bravoure militaire, ceux des alliés et des soumis, puisqu'il est admis qu'eux-mêmes fassent une seule guerre avec leurs maîtres. (C. TH VII.13.16)

Par cet édit, pour les nécessités de l'urgence, nous invitons tous les gouverneurs, que la liberté innée dresse vers le service militaire que les hommes libres, qui dans le service militaire prennent les armes pour l'amour de la paix et de la patrie, qu'ils sachent qu'ils recevront chacun dix solidus de notre trésor public et nous ordonnons que trois solidus de cette somme susdite soient donnés dès maintenant à chacun car nous avons confiance que ceux que le courage et l'utilité publique poussent aux nécessités seront les meilleurs. (C. TH VII.13.17)

Au début de l'invasion, après avoir dégarni les frontières du Rhin, du Danube et de Bretagne, Stilicon aligne 30 unités (Zosime, 5,26,4) concentrées à Pavie, ce qui représente environ 20.000 soldats. A ce chiffre, il faut ajouter les fédérés pannoniens de Gratien, peut-être 10.000 soldats. Stilicon dispose entre autre de cavaliers Huns et Alains, et des Goths de Sarus. La cavalerie légère, point faible de l'armée de Stilicon, est assurée par des alliés barbares.
Accessoirement, Stilicon peut (ou devrait pouvoir) compter sur le renfort des Wisigoths d'Alaric. Les forces des Wisigoths peuvent être évaluées à 20.000 guerriers. Théodose en avait eu 40.000 sous ses ordres en 382. Si de nombreuses batailles furent livrées, dont celle contre Arbogast où 10.000 Wisigoths furent tués, on sait qu'Alaric receuillit en permanence des barbares d'origines diverses dans son armée, afin de se rendre à la fois menaçant et employable par Stilicon. Le nombre de Wisigoths employables à la guerre a ainsi été probablement stable, aux environs de 20.000, ce qui est important avant 408, puis redoutable après cette date.

Radagaise pour une raison inconnue ne semble avoir ammené dans son expédition vers le sud qui devait le conduire fâce à Stilicon qu'un seul de ses trois groupes d'hommes. Les deux autres ne vont apparement pas plus loin que l'Italie du Nord, puis repassent les Alpes. Stilicon laisse sans doute une garnison importante en Italie du Nord pour contrer d'éventuels raids de ces deux groupes. Il est possible que Radagaise tente de faire diversion soit pour sa propre aventure italienne, soit pour les autres groupes vers la Gaule.

Victoire de Stilicon sur Radagaise
Dans un premier temps, Stilicon attend à Pavie (Ticinum), en supposant que Radagaise passerait en Gaule comme Alaric en 402. Mais Radagaise prend le chemin de Rome, laissant derrière lui Stilicon et son armée, contraignant ce dernier à une course poursuite pour le rattraper. Stilicon n'est en mesure de l'arrêter qu'à proximité de Florence, à moins de 200 kilomètres de Rome. Les deux armées se font face le 23 août 406.

Pour l'historien Zosime et pour le poète Claudien, il y aurait eu une grande bataille. Lors de cette dernière, la cavalerie romaine constituée par des Alains part en déroute après la mort de son chef, découvrant une aile de l'armée romaine. Une légion de réserve rétablie la situation et donne la victoire à Stilicon, qui repousse et détruit l'armée de Radagaise. Le chef Goth est tué avec l'essentiel de ses troupes.
Selon d'autres sources, Stilicon se serait contenté de mener un blocus, technique classique qu'il met en oeuvre contre Alaric en 396, 401 et 402, et qu'appliquera également le Patrice Constance en 414-415 contre les Wisigoths. Cette tactique permettait de l'emporter sur ses adversaires en limitant les pertes des armées romaines. Stilicon aurait bloqué avec son armée Radagaise sur une colline de Fiésole et l'aurait affamée. Les barbares capitulent et Radagaise qui tentait de s'enfuir est capturé, et exécuté. Il semble y avoir eu peu de morts et énormément de prisonniers après la rédition barbare : le prix des esclaves chute énormément, jusqu'à 1 pièce d'or chaque.

Après la bataille, Stilicon aurait engagé 12.000 Goths d'élite, chiffre considérable rapporté par l'historien Olympiodore. Seul "un tout petit nombre" de barbares sont recrutés selon Zosime (Histoire Nouvelle, V,26,5). Néanmoins, conséquent ou non, ce recrutement opéré par Stilicon sur les vaincus renforce certainement le malaise existant dans l'armée romaine à l'encontre des recrues barbares, de plus en plus nombreuses, alors que la menace s'amplifie aux frontières de l'Empire. Ce sentiment de malaise a déjà débouché sur la révolte anti-germanique de Constantinople en 400. Il sera à l'origine d'une même révolte anti-germanique en Occident, en 408.

Immédiatement après la bataille, le mérite de Stilicon est reconnu : une statue en bronze et en argent est dressée au forum près des rostres à Rome, son nom figure au fronton d'un arc de triomphe avec celui des empereurs. Après sa mort en 408, son nom sera martelé. L'Occident, quelques mois avant le choc de la grande invasion de 407, a encore les moyens de se défendre. Théorie et pratique correspondent rarement en matière d'effectifs militaires. En raison de la garde des frontières ou des places-fortes stratégiques, les effectifs complets d'une armée ne peuvent jamais être alignés totalement. En théorie, Stilicon n'a pas pu disposer de plus de 30.000 soldats réguliers et fédérés, en dépit de la menace très grave représentée par Radagaise (recrutement d'esclaves dans l'armée, un cas jamais vu).
Stilicon pour être efficace, doit concentrer toutes les forces militaires de l'Occident en un seul point, dégarnissant le Rhin, rendant ainsi possible l'invasion du début 407. Pendant la seconde partie de l'année, il ne renvoie pas ces troupes à leurs garnisons rhénanes, peut-être en raison de la menace réélle ou supposée des deux autres groupes de Radagaise, qui ont sans doute repassés le Danube.

Dans les derniers mois de l'année 406, Stilicon, estimant avoir rendu la sécurité à l'Occident, se tourne à nouveau vers l'Illyrie orientale et commence des préparatifs en vue d'une intervention militaire dans ces provinces relevant d'Arcadius.

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